Un livre à jeter ? Oui, et c'est la première fois que cela m'arrive, cette envie de jeter ce que je lis tout en continuant à lire...
C'est vraiment très étrange. Il y a des livres faciles à lire, que l'on dévore en quelques heures et qui laissent au fond d'un tiroir de notre mémoire, une douce impression de plaisir. Il y a aussi ces livres difficiles que l'on s'oblige à lire parce que le plaisir de la langue est au rendez-vous, parce que l'auteur est un Écrivain et que ce qu'il a écrit est incontournable.
"Cent ans de solitude" entre pour moi, dans la première catégorie. Ce n'est pas le seul bien sur, mais c'est toujours celui que je cite même si un nombre certains d'années sont passées depuis l'étourdissement que j'ai ressenti en le lisant.
"Le père Goriot" entre, pour moi, dans la seconde catégorie, sans que je puisse me l'expliquer car j'ai vraiment aimé "Eugénie Grandet". et bien d'autres romans de Balzac. Mais il n'y avait un je-ne-sais-quoi qui me dépassait dans cette histoire.
Et puis ces jours ci, il y a mon premier livre à jeter.
Pourtant, il m'est arrivé de refermer un livre à peine ouvert en me disant "bof, ça me plait pas". Dans ce cas, je garde un profond respect encore pour l'objet et je le range ou le donne. Je lui donne une place en somme quelque part. Une chance d'exister pour quelqu'un d'autre qui ne partagera pas le même avis que moi.
Mais là, je n'ai pas pu. Je l'ai jeté. Et le pire est que je l'ai lu. Entièrement. Avec acharnement, le même qui peut nous pousser à regarder une émission que l'on sait détester. "Pour voir"... Comme si on avait besoin de se tester jusqu'au bout. Et, bien, dès la première page de ce livre, j'ai du me dire "je vais tester" et j'ai testé jusqu'au bout. Il n'avait pour lui, ce livre, que l'histoire qui m'avait attirée. Mais rien que l'histoire. Il a trimbalé de la première page à la dernière des idées reçues, des préjugés, des sentences, des maximes. Je n'ai aimé aucun des personnages, me sentant ni proche de l'un ni proche d'un autre. Mais tout en me disant que c'était bigrement déplorable, j'ai poursuivi. Jusqu'au bout. Au fil des pages, j'ai adopté une lecture diagonale de plus en plus efficace, m'apercevant qu'avec cette méthode de lecture, je ne ratais rien, ni dans le langage, ni dans la progression de l'histoire. Le livre refermé, je me suis levée, j'ai ouvert la poubelle et, avec un soulagement non feint, je l'ai jeté.
Mais cela me laisse perplexe. Qu'est ce que je cherchais en insistant ? Je pense pouvoir répondre que je voulais et j'ai voulu jusqu'au bout une histoire qui m'avait attirée et qui n'était pas celle que je découvrais. L'histoire était bien là, mais tellement encombrée d'idées toutes faites et de jugements à l'emporte-pièce, qu'elle me donnait l'impression d'être diluée et que j'en étais flouée.
Cela vous est il arrivé aussi ?




