Quand un narrateur rencontre un photographe, l'exercice pourrait consister à broder une histoire autour d'une photo. C'est ce que je propose aujourd'hui.
N'hésitez pas à le commenter pour que l'expérience s'arrête ou qu'une autre histoire voit le jour.
Le banc public
C'est une rue piétonne, très animée les jours de la semaine. Une rue bordée de commerces que la foule a pris l'habitude d'investir.
Mais ce matin, la rue est déserte.
"Ah, c 'est idiot. Évidemment ! Il n'y a personne. On est dimanche. " Ça commence mal, se dit Simone qui vient d'aborder la rue par son côté d'ordinaire le plus passant.
Elle, qui est sortie toute excitée pour ce premier rendez-vous qu'elle lui a fixé, reste surprise et contrariée face au désert urbain qu'elle n'avait surtout pas envisagé.
Elle se sent même démunie, un peu ridicule. Le côté rassurant de la foule qui aurait pu préserver l'aspect angoissant de cette démarche est complètement annulé.
" Il va tout de suite me reconnaître. Aucune surprise, aucun jeu de défi maintenant que nous allons être seuls au milieu de ce désert urbain."
Elle
arrive très vite sur le banc public, le troisième de la rue en partant des Galeries Farfouilles et en regardant l'horloge
de la mairie.
" Je vais m'asseoir en l'attendant, sans même pouvoir passer cette attente en regardant les passants. Quel ennui ! Mais quelle idiote je suis d'avoir fixé ce rendez vous un dimanche matin !"
Le banc est froid et peu hospitalier à cette heure encore matinale.
Simone reprend son souffle et soliloque encore :
" Bon, va t il me reconnaître ? C'est sur, c'est plus facile, maintenant que je suis la seule personne humaine vivante de cette rue. "
Mais une autre inquiétude vient en pensée perturber davantage son monologue.
"C'est vrai, j'ai un peu triché sur mon âge. "
Comme chacun le sait, dès qu'il y a déséquilibre en pensées, il faut rééquilibrer en se justifiant. C'est tout de suite ce que fait Simone, toujours se parlant à elle même :
"Enfin, non, je n'ai pas menti, j'ai juste inversé les chiffres de mon âge. "
Simone à l'évocation des renseignements qu'elle a posté sur sa fiche de ce site de rencontres, a un léger sourire, signe de grand rire gêné chez elle.
"Avoir 74 ans et 47, c'est presque pareil, non ? Enfin, je le pense, moi. Et puis, si je dis que j'ai 74 ans, je me demande vraiment si un homme va être intéressé par mon profil !"
"Surtout, surtout, poursuit Simone à voix basse, que la plupart des hommes préfèrent des femmes plus jeunes. Il fallait donc bien que j'inverse les chiffres du nombre parce que je n'ai vu aucun homme de plus de 75 ans inscrit sur le site."
Simone poursuit son observation, le regard au loin, figé sur l'horloge de la mairie, espérant voir arriver rapidement l'homme de 52 ans à qui elle a donné rendez vous ce matin, un dimanche, sur le troisième banc de la rue commerçante et piétonne de la ville, le troisième en partant des Galeries Farfouilles et en regardant l'horloge de la mairie.
"C'est pas tout ça, mais faut quand même qu'il arrive vite que je puisse aller faire mon marché avant que tout le monde remballe !"
René, essoufflé par cette petite marche dominicaine et matinale, s'écroule sur le banc public plus qu'il ne s'assied. Mais toute à son
observation de l'horloge, Simone n'a pas remarqué la présence de
René, arrivé côté Galeries Farfouilles, comme il était bien précisé sur le message :
"Tu t'assiéras sur le troisième banc de la rue piétonne et commerçante, le troisième en partant des Galeries Farfouilles et en regardant l'horloge de la mairie".
Même si le message était clair et précis, même s'il a senti que Franny01_45 était bien accrochée à son look, René est un peu inquiet parce qu'il a menti sur un point essentiel : son âge.
C'est vrai qu'il a dit qu'il avait 52 ans, car même si les femmes préfèrent les hommes plus âgés, dire qu'on a 76 ans, ce n'est pas forcément un gage de rencontre. Or, René met depuis plusieurs mois, tout son coeur et son énergie à entrer en contact avec les femmes proposées par le site de rencontres sur lequel il s'est inscrit.
Et maintenant qu'il a repris son souffle, son inquiétude ne cesse de croître.
Personne ne vient du côté des Galeries Farfouilles et l'heure tourne. Si l'attente continue comme ça, on va arriver à l'heure du déjeuner et il va être obligé de proposer un repas en ville.
Avec sa pension qui n'est pas mirifique, il angoisse un peu. Alors, pour tenter de se rassurer, il sort son portefeuille et compte ses billets pour savoir de combien il peut disposer.
René tout à sa préoccupation et son attention tournée vers les Galeries Farfouilles ne remarquera pas la présence de Simone, qui, elle toute à sa préoccupation et à son attention tournée vers l'horloge de la mairie ne remarquera pas la présence de Réné, qui lui, tout à sa préoccupation et son attention ....

Narrateur : Mareult
Photographe : Saintex
Février 2012
Je vous fais partager cette composition hebdomadaire pour le plaisir des yeux !
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