Observer les autres c'est convenir également que l'on est semblable et différent. De là, ma grande passion pour le comportement de l'autre, cet autre que je suis aussi et que je ne suis pas.
Scène de rue, en attendant le bus.
C'est l'heure de la sortie du collège voisin.
Par grappes, voilà les pré-ados trompant l'attente du bus, sur le bord du trottoir, au pied d'un petit immeuble.
Les filles, mains dans les poches, frigorifiées dans leurs vêtements demi saison forment un rond et alternent les messes basses et les cris hystériques.
Les garçons éparpillés, courent et se poursuivent.
Les deux groupes s'ignorent, même si on perçoit quelques regards furtifs et scrutateurs lancés d'un groupe à l'autre.
Les pré ados sont à peine arrivés que leur bruit, qui se répercute dans cette rue sage et tranquille, finit par attirer certains habitants de l'immeuble aux fenêtres bien calfeutrées derrière des rideaux et des stores.
Un rideau s'ouvre au rez-de-chaussée. Un store se lève au premier. Un visage apparaît au troisième.
Dans leur course à droite et à gauche, les garçons finissent par découvrir un pieu métallique abandonné, bien pointu et bien lourd. L'un d'eux s'en empare, le porte à deux bras, en équilibre précaire, fournissant l'alibi recherché du jeu du n'importe quoi. Les rires des garçons s'amplifient. Les messes basses des filles s'intensifient.
La fenêtre du rez de chaussée s'ouvre, tandis que le bonhomme du premier s'agite en gestes muets derrière sa vitre et que la bonne dame du troisième fronce les sourcils.
- Ce n'est pas une cour d'école ici ! Reposez ça et remettez-le là où vous l'avez pris !
Les garçons s'écartent aussitôt en jetant leur jouet étrangement perçu présent dans une cour d'école...
Le bus arrive.
La dame du premier continue de crier, invectivant la génération entière et le monde actuel.
Le bonhomme du premier poursuit en muet ses remontrances gestuelles, à l'abri des regards comme du froid.
La dame du troisième a quitté son poste d'observation.
Personne ne s'est inquiété de la présence de l'objet. Personne n'a pensé à les mettre en garde de leur utilisation de l'objet.
Au rez de chaussée, on a osé crier. Au premier, on n'a pas osé mais on l'a pensé. Au troisième, comme moi, on a observé.
Mai 2012
Je vous fais partager cette composition hebdomadaire pour le plaisir des yeux !
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Ça me rappelle c'est moment -court- lorsque je rentrais de l'école primaire qui était non loin de notre hachéleme. La sortie joyeuse des écoliers (la rentrée je m'en rappelle moins, c'était certainement moins joyeux ;-) après la classe, notre vol -moineaux insouciants- nous emportant chacun dans sa chacunière...
Merci pour ce récit presque poétique malgré tout.
-Denis-
oui, c'est curieux comme on se souvient surtout des sorties et peu des rentrées !
je reconnais que je suis aussi observatrice, et que bien souvent la langue me démange, que j'aimerai aller demander pourquoi ou comment, mais la violence continuellle pour un oui ou un non , m'en empêche, et quelques fois je le regrette, car le comportement de certaines personnes mérite réflexions.
mais si je ne peux prendre position, je n'aime pas m'exhiber ou crier ,
ce qui ne sert à rien à mon avis.
il est si facile de critiquer des faits et gestes de son prochain, sans savoir expliquer pourquoi on le critique, alors que quelque fois un sourirre accompagné d'une parole peut aide
gros bisous , bonne journée
dgidgi
Tout à fait d'accord avec toi ! Ce qui m'a franchement énervé comme comportement est celui du bonhomme du premier, retranché derrière sa fenêtre fermée à faire de grands gestes inutiles car j'étais vraiment la seule à le voir.
Ce qui est incroyable dans cette histoire, c'est que l'objet dangereux est toujours présent!!
C'est exactement le non dit de mon post ! Merci de le souligner !