J'ai assisté béate à une scène très banale en soi...
Mon amie a un fils qui ne peut se déplacer qu'en fauteuil électrique. Qui dit fauteuil électrique, dit voiture pouvant le contenir. Qui dit voiture pouvant le contenir, dit grosse voiture. Qui dit grosse voiture dit voiture très largement plus large qu'une autre. Qui dit voiture plus large qu'une autre, dit emplacement pour se garer plus large également.
Tout cela est d'une logique implacable et de tous ces paramètres, découlent des contraintes que seul celui qui les subit est capable de les mesurer pleinement.
Pour pallier à ces contraintes, la société qui a commencé à en prendre conscience, permet aux utilisateurs de telles voitures d'avoir des emplacements réservés, que l'on nomme "places réservées aux handicapés", faite pour aider autant les voitures ou les fauteuils que les personnes qui en ont besoin.
Hier, mon amie devait récupérer son fils en plein centre ville.
Nous partons toutes les deux à bord de l'énorme engin. Il y a du monde, c'est jour de marché, mais la place réservée aux handicapés est libre.
Nous nous garons.
Nous descendons.
Sur nos deux pattes.
- Je vois, chez vous le handicap, il est au niveau du cerveau !
Surprise, je regarde l'homme qui nous interpelle ainsi, humour pincé et colère rentrée, puis mon amie, qui, elle ne semble pas étonnée et qui doctement répond :
- Qu'est ce que vous en savez ?
Un peu rougeoyant, genre coupe-rose au niveau des joues, légèrement énervé, nettement interloqué, l'homme interrompt la marche qu'il avait courageusement reprise et nous fait face :
- Je vois simplement que vous sortez d'une voiture avec le macaron "handicapé" et que vous n'êtes pas handicapées, Mesdames.
- Vous sous-entendez que j'ai eu ce macaron dans une pochette surprise ? Ou qu'il faut être obligatoirement "handicapé" pour conduire une voiture avec le macaron ?
L'homme, si sur de lui, la seconde précédant la remarque, fait un arrêt sur image et nous regarde. De bas en haut. De haut en bas. Persuadé encore que si le macaron existe, le handicap est visible.
Il se rattrape à une branche, comme il peut :
- Vous savez, votre macaron ... il est peut être faux.
- Et ma voiture, elle est fausse ? 5 m de long. Elle occupe toute la place de cet espace large !
J'admire le calme de mon amie que je sens bouillir à l'intérieur et dont les paroles fait remonter certainement tout ce qu'elle vit au quotidien.
- Mais enfin, écoutez-moi ! Je ne vois pas votre handicap ! Qu'importe la voiture !
L'homme s'enferre plutôt que de renoncer et de reconnaître son ignorance quant à la vie des autres, différents de lui. Je sens, pour ma part la colère bondir en connaissant le peu que je connaisse de la vie de mon amie pendant ce long quotidien qui est le sien.
- C'est ma vie que vous voulez que je vous raconte ? Que connaissez vous du handicap, de la vie et de la loi ?
Toujours très calme, mon amie ne cesse de m'étonner.
Et la magie opère. Sans doute parce que l'homme n'est pas un de ces rationnels rigides en quête de justice en nom propre, campant sur une position irrationnelle.
- Je ne comprends pas.
- Je vois bien que vous ne comprenez pas. Vous m'attaquez pour incivisme avant même de chercher à comprendre. Ma voiture est énorme. Je ne peux pas me garer ailleurs que sur une place que mon macaron me donne, par le droit, d'occuper. Je conduis cette voiture par obligation et non par choix. Je vais chercher mon fils. Et quand il sera là, je vais même être obligée de déplacer la voiture pour lui permettre d'y entrer.
- Ah?!
Le calme est très communicatif. Je suis là, sur le bord de la route, n'en menant pas large parce que ce conflit me dépasse. L'homme incisif au départ, relativise son syllogisme.
Les places pour handicapés sont faites pour les voitures pour handicapés
Seules les personnes handicapées ont des voitures pour handicapés
Toute personne se garant sur une place réservée est handicapée.
Nous sommes allées chercher son fils.
Mon amie a déplacé la voiture, s'est garée en double file parce que l'espace arrière sur l'emplacement réservé ne permettait pas cette manoeuvre, puis a ouvert le haillon arrière pour sortir la rampe d'accès.
Son fils a monté la rampe d'accès avec son fauteuil électrique.
Le fauteuil a été arrimé pour ne plus bouger.
Mon amie a rentré la rampe d'accès puis a fermé le haillon arrière.
Nous sommes reparties.
Pendant toute la manoeuvre, les voitures bloquées n'ont cessé de klaxonner.
Mai 2012
Je vous fais partager cette composition hebdomadaire pour le plaisir des yeux !
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l'incivisme des gens me tue.
une situation que j'ai connue ( similaire) victime d'un avc et 2 ans avec un siège roulant,( quand il fallait me déplacer trop longtemps)
mon mari avait toujours des difficultés pour se garer
je me suis aussi fait agresser verbalement parce que je prenais une place pour handicapée, et si , bien sur maintenant je marche et tout et tout , l'accident lui a laisser d'autres séquelles pas forcément moteur,
bravo à ton amie qui es pleine de courage mais à qui je dis bravo
bisous** dgidgi
Oui.. c'est triste de devoir prendre conscience de tout ce qu'implique une situation dramatique au moment seulement où on la vit !
Merci à toi pour ce témoignage ! Mon amie lira ton commentaire et l'appréciera aussi à sa juste valeur humaine !
lire ça le matin ne m'aide pas à avoir foi en l'espèce humaine !
peut être en fais-je partie, parfois quand moi aussi je klaxonne sans savoir ce qui bloque la rue......Il nous faut certainement revenir à des valeurs plus humaines, moins courir, moins taper sur nos claviers.....écouter, regarder, vivre avec les autres
Tu as raison ! Je pense que le mieux est d'essayer d'être soi meme l'humain respectable de l'autre comme de soi. Notre existence ne changera pas la face du monde, mais nous pouvons changer notre propre vie en un sens qui correspond à nos valeurs.