L'amour inconditionnel, c'est cette petite bête qui nous vrille le ventre, nous fait flamber de l'intérieur, nous brûle en joies, sortes de boules éclatantes,
soleils de nos journées.
L'amour inconditionnel par définition n'en a pas justement de définition. Il est, simplement là toujours et encore, quoiqu'il se passe, quoique l'on fasse et que l'autre fasse.
Je sais que je porte ce genre d'amour à mes enfants et qu'il m'a fallu des années de psychanalyse pour comprendre que je le portais également à ma mère, même si ma
colère n'a pas encore vraiment cessé à son encontre.
Je ferme le tiroir de ma mère et j'ouvre celui de mes enfants, parce qu'il n'est que chaleur et lumière.
Je ne me souviens pas du premier pas de chacun d'entre eux, du premier rire, de chacun d'entre eux du premier mot de chacun d'entre eux. J'ai des images de ces moments qui appartiennent à chacun
mais je n'ai pas pour chacun un souvenir de chacun de ces moments.
Je me souviens du premier mot de l'aîné, mais pas de celui de ses soeurs, je me souviens des premiers pas de la seconde, mais pas de celui des autres, je me
souviens du premier rire de la dernière mais pas de celui des aînés.
Par contre, je me souviens de chaque naissance, comme un moment vraiment unique, un souvenir à jamais gravé sur le disque dur de ma mémoire et très facilement
accessible. Ce moment irremplaçable où chacun est entré dans ma vie pour devenir définitivement présent.
Je me souviens d'une question de mon fils "Même si je fais une grosse bêtise, tu m'aimeras toujours ?". Bien sur, comme il était petit, j'ai répondu spontanément par l'affirmative affirmatif, un
vrai oui, direct et franc. C'est une question à laquelle j'aurais tendance à répondre effectivement oui si je ne prends pas la mesure de la difficulté de la réponse.
Une grosse bêtise ? Laquelle ? Quelle est cette grosse bêtise qui m'obligerait à réfléchir avant de répondre ?
On voit parfois des reportages sur les parents d'assassins, de violeurs, sur ces monstres qu'on découvre humains à travers le témoignage d'un de leurs parents.
Je n'ai jamais entendu parler de l'inverse, d'un reportage sur les enfants de ces monstres qui parleraient d'amour en pensant à eux. Pour répondre il faudrait que
je me mette à la place de cette mère et que je mette à la place de l'assassin ou du violeur un de mes enfants.
Et là, je coince vraiment. Car si j'arrive à me mettre à la place de la mère, je n'arrive pas à mettre un de mes enfants à la place de cet autre qui bouleverse mes
valeurs, mes croyances.
Vous me direz que c'est un jeu idiot qui n'a pas lieu d'être. Mais si je veux vraiment définir l'amour que j'ai pour mes enfants en tant qu'amour inconditionnel,
cette question trouve sa place. Et, obligée moralement de réfléchir, je crois vraiment que je peux répondre "oui", le même oui, franc et direct que j'ai utilisé quand mon fils était petit. Je
peux répondre oui parce que je comprends que l'amour inconditionnel existe en dehors de toute compréhension, de toute valeur, de toute idée du bien et du mal.
En amour inconditionnel, pas besoin de comprendre l'autre, pas besoin de juger, pas besoin d'expliquer. Et c'est justement cette réflexion qui me permet d'aimer ma mère inconditionnellement, sans
explication et sans jugement, simplement à cause de ce lien qu'elle a su créer, même si certains actes ou pensées qu'elle a eus envers moi m'ont franchement mis en colère à certains moments de
mon existence.
Le seule différence entre l'amour que je porte à mes enfants et celui que je porte à ma mère est l'immense joie qui m'irradie littéralement quand je pense à eux. Cette boule qui vrille le ventre
et cette émotion qui monte comme un feu qui nourrit vraiment inconditionnellement quand je reçois, comme hier, un texto spontané de l'un d'eux " Coucou, maman, juste pour te faire un gros bisou
et te dire que je t'aime. Bon week end".
Dimanche 14 février 2010
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