Pour prévenir l'extinction d'une espèce, on a le choix entre plusieurs plans d'actions.
La Réintroduction
C'est une action qui consiste à lâcher des animaux sur un territoire où l'espèce n'était plus présente depuis un certain temps. Cela va se faire par restitution (libération d'animaux sauvages après accueil dans un centre de soins) ou par transfert à partir d'un zoo, d'un parc, d'une réserve. Quand on parle de transfert, on parle également de transplantation ou de translocalisation.
La Restauration
C'est un plan visant à augmenter la population d'une espèce afin qu'elle parvienne à un bon état de conservation. Mais le viable n'est pas forcément à entendre du bon côté de l'animal car si l'objectif premier est la restauration de la biodiversité, il arrive que l'on mette en place des plans pour restaurer la population à des fins économiques et/ou sociales qui concernent le commerce, la pêche ou la chasse.
Le Renforcement
C'est une action qui prévoit l'introduction de nouveaux individus d'une espèce, pas assez nombreuse, pour en conforter la diversité génétique.
Tous ces plans doivent obéir à des règles dont le but est de s’assurer de la pertinence et du bon déroulement de l’action. Normalement, ces règles doivent permettre d'éviter les effets négatifs potentiels des (re)lâchers d’individus dans la région concernée.
Voici les standards UICN
- Les causes principales de la raréfaction ou de l'extinction doivent avoir cessé
- Un habitat favorable doit être disponible pour accueillir une population viable, idéalement en un lieu où l’espèce était encore présente récemment
- Une étude de faisabilité préalable doit avoir lieu et doit s’attacher aux caractéristiques taxinomiques, écologiques et éthologiques de l’espèce en question
- Les causes des échecs de tentatives précédentes concernant la même espèce ou une espèce proche doivent être prises en compte
- Le site de réintroduction doit être inclus dans l’aire naturelle de distribution passée de l’espèce et doit faire l’objet d’un statut de protection
- La population donneuse ne doit pas être mise en péril par le prélèvement d’individus
- Les individus réintroduits doivent être compatibles génétiquement et exempts de maladies ou parasites
- L’acceptation de la réintroduction par les populations humaines locales doit être acquise
- Les individus relâchés doivent faire l’objet d’un suivi scientifique approfondi
En France, les premières opérations de renforcement ou de réintroduction d’espèces dans le milieu naturel datent du XIXe siècle. Depuis une trentaine d’années, des efforts importants de conservation sont entrepris pour reconstituer les populations de certaines espèces animales disparues ou en voie de l'être à l’échelle d’une région.
Pour les oiseaux, il y a le vautour fauve,
le gypaète barbu
et le vautour moine.
Outre les rapaces, il y a l’outarde canepetière
et plus particulièrement les populations migratrices dans l’ouest de la France.
Pour les mammifères, il y a le lynx d’Europe dans l’est de la France,
le castor en différentes régions métropolitaines (surtout en Aveyron),
le hamster d’Alsace,
et enfin ....
l’ours brun dans les Pyrénées, objet de mon article...
L'histoire de cet ours brun est impressionnante ! Elle marque la région depuis le Moyen-âge et l'ours fait encore parler de lui ces jours-ci puisque l'État organise début 2011 une consultation régionale sur le renforcement de la population prévu par le transfert d'une ourse slovène au printemps 2011 pour remplacer l'ourse tuée par l'action de l'homme.
L'arrivée de cette ourse slovène soulevant des polémiques régionales et nationales, je me suis mise à faire le point sur cette aventure.
L'ours apparait il y a 600 000 ans et s'installe en Europe il y a 250 000 ans. Victime de la chasse, des battues, du prélèvement d'oursons pour le colportage, en 1920, l'ours disparait des Alpes et il ne reste plus que 200 individus dans les Pyrénées. La population ne cesse de décroitre ensuite, la destruction et la réduction de son habitat devenant chaque jour plus importantes.
Mais le XX° siècle sonne le début de notre conscience de notre impact sur l'environnement.
L'ours étant déclaré comme animal à protéger, le gouvernement interdit la chasse à l'ours en 1981. Pour la petite histoire, rappelons que le versement de la prime à tout ours tué a cessé en 1947, que la chasse a l'ours a été interdite en 1957, que la mise en place de cette interdiction s'est faite en 1962 et qu'elle ne sera effective qu'en 1972. Après cette date, la mort des ours par l'action directe de l'homme émaille l'actualité. (fait-divers de juillet 2006). On dénombre pas moins de 24 ours tués entre 1976 et 1995 et 2 en 1997 et 2004 (Melba et Cannelle).
En 1987, le biologiste Jean-Jacques Camarra estime la population ursine à une dizaine d'individus répartis sur toute la chaîne pyrénéenne. Commencent alors des études qui vont permettre de penser à des actions de conservation. On localise la population, on cerne les causes de la dégradation.
La France s'engageant internationnellement à protéger sa biodiversité, elle lance un premier plan de sauvegarde de l’ours brun dans les Pyrénées. Le but de ce plan est de rétablir, dans les Pyrénées françaises, sans apport extérieur une population d’ours viable. Mais, malgré les précautions politiques et économiques mises en place, le plan est très peu appliqué, en raison des réactions violentes des opposés à la vie de l'ours dans les Pyrénées. L'effectif des ours diminue dangereusement.
En 2006, conformément au plan de renforcement, on transplante 5 ours slovènes, proches de la souche pyrénéenne sur le plan de leur patrimoine génétique et de leur mode de vie.
En 2007, malgré les naissances, la population compte une vingtaine d'individus.
En 2009, la population passe à 14 individus (3 mâles dans le noyau occidental et 2 mâles et 9 femelles dans le noyau central).
Mais, le gros hic, est qu'un ours n'est pas un escargot ! isn't ?
L'ours est un prédateur et les difficultés viennent de cet état. Non pas à cause des dommages qu'il peut créer (cela représente 1% des pertes des troupeaux), mais des réactions d'hostilité d'une partie de la population à son égard. Les opposants à la réintroduction de l'ours brun dans les Pyrénées freinent toutes les initiatives et rendent frileuses les interventions du Ministère.
La réintroduction du lynx dans les Vosges et le Jura, dans les années 1980, avait suscité les mêmes réactions. Aujourd'hui, le fauve est mieux accepté, même si l'empoisonnement reste la seconde cause de mortalité pour cet animal.
Examinons les arguments des détracteurs de la présence de l'ours dans les Pyrénées :
1. L'ours brun n'est pas un animal menacé d'extinction.
Outre le fait qu'il serait assez irresponsable d'attendre que l'animal soit menacé pour le protéger, si l'ours disparait des Pyrénées, c'est une perte de biodiversité.
2. L'ours slovène est différent, au niveau génétique et comportemental, de l'ours pyrénéen
Heu ??? Quand je lis les différences imputées à l'ours slovène, cela me rappelle furieusement quelque chose...
L'ours slovène est plus gros, plus carnivore, plus agressifs ...
Les deux ours sont des ursus arctos. Ils appartiennent à la même sous-espèce d'ursus. Ainsi, les ours slovènes sont génétiquement très proches. Leur milieu naturel et leur comportement sont très similaires. La transplantation d'un ours slovène est certainement le meilleur moyen de sauvegarder la biodiversité des Pyrénées.
Quant à dire que l'on n'a pas demandé l'avis de l'ours pour aller repeupler les Pyrénées, je me demande là, si ce n'est pas un comportement anthropomorphiste, qui n'est pas vraiment pertinent. Cela dit, on peut toujours penser transplanter deux copains (ou copines) ensemble. Se sentiront moins seul(e)s.
3. L'ours est un animal dangereux
L'ours n'est pas un animal agressif. Il a une tendance à fuir devant l'homme. Il est dangereux quand il se sent menacé, surtout s'il a des petits avec lui... comme beaucoup d'autres animaux.
Depuis 150 ans, on ne dénonce aucun accident mortel.
Cela dit, il est évident que là, il y a un effort d'informations à faire. Toute personne désirant se déplacer dans les Pyrénées, doit savoir ce qu'il faut faire en cas de rencontre. Comme on l'informe (n'est-ce pas ?) des comportements à avoir en cas de rencontre avec une vipère...
4. L'ours est incompatible avec le pastoralisme
Les pertes de brebis sur le cheptel dues à l'ours représente 1% des pertes totales. Les pertes existent mais elles sont indemnisées.
Comme les mesures préventives qui sont bien réelles et sont subventionnées.
Ajoutons que les éleveurs et les bergers ne sont pas les grands opposants de la présence de l'ours...
Les réactions hostiles et violentes ne sont pas les seules menaces qui pèsent sur les espèces que l'on réintroduit.
La réduction de l'habitat de l'animal par l'agrandissement de celui de l'homme, de son activité et de ses loisirs est une autre menace.
Le coût de l'opération est une autre difficulté à la mise en place et au suivi (aide, indemnisation, aides à la prévention...).
La consanguinité est une autre menace d'extinction. D'où l'énorme avantage à faire venir une ourse slovène.
Autrement dit, on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre, les épinards et le fils de la crémière !
Sauvegarder l'ours brun dans les Pyrénées, c'est sauvegarder une biodiversité nationale et un aspect culturel régional.
Mai 2012
Je vous fais partager cette composition hebdomadaire pour le plaisir des yeux !
Suivre le tuto pour adopter le chat : "module widget"
Banc public (Humour)
Le gavage des oies (Émotions Colère)
Le poisson, un animal sensible (Info Animaux)
La bouteille à -1€50 (Humour)
Le patient et l'Homme (Émotions Colère)
La chance à pas de chance (Humour)
Madame ou Mademoiselle (Émotion Colère)
Chat et chien à louer (Humour)
L'ours brun des Pyrénées (Info Animaux)
Illustration du jeu du triangle dramatique (Communication)
Les espèces menacées (Infos Animaux)
Des voitures et des hommes (Émotion Colère)
La vieille dame et le chocolat (Humour)
Les chaussettes des trous noirs (Humour)
À remarque idiote, réponse idiote (Humour)
Le cordonnier (Émotion Amour)
Les peaux de banane (Humour)
De l'art du mode d'emploi (Humour)
L'amour inconditionnel (Émotion Amour)
La morosité (Humour)
Une histoire de lampadaire (Humour)
La bourde (Humoir)
La mère .... encore et toujours (Humour)