Une chose que j'ai retenue de mon stage de méditation, lorsque je suis allée une semaine au centre de Lerab Ling est que l'on peut trouver le temps de méditer à toute heure et partout. Il suffit d'entrer dans notre calme intérieur tout en restant présent.
Forte de ce principe, je me pose hors du temps et de l'espace dès que je le peux, me créant une bulle qui permet de m'extraire de toute situation agaçante, jugée inutile à vivre la plupart du temps. La méditation devient alors l'école de la patience anti-stress.
C'est exactement la situation à laquelle je suis confrontée quand je fais mes courses. Le passage en caisse, l'attente et le trajet du bus sont des moments incontournables sur lesquels je n'ai pas de prise et dans lesquels le temps est un temps ressenti comme perdu. Alors aller les faire le samedi, c'est comme être ou maso ou accro à la foule ou tout simplement contrainte d'être obligée de choisir ce jour là comme jour de remplissage de frigo.
Toujours à l'affût des systèmes de communication que mes congénères adoptent, les courses sont normalement pour moi, une sacrée belle occasion de les écouter.
Mais ce samedi, préoccupée que je suis par de grandes interrogations existentielles, je me suis mise en mode off et j'ai tenté d'appliquer le principe : méditez partout ! Où que vous soyez !
Bien.
Queue à la caisse.
Mes courses sont posées sur le tapis. Deux personnes devant moi. Deux derrière déjà impatientes que je disparaisse pour poser leurs achats sur le tapis.
Si j'ai deux personnes devant moi, cela veut dire que l'une est en train de "passer" et que l'autre, attendant son tour, s'est positionnée sur la ligne imaginaire tracée juste avant la caissière.
J'ai le temps. Un temps inutile à mettre à profit
Je me mets en position soft de méditation, de façon à pouvoir être sans le paraître.
Pensée qui arrive, je te regarde Je t'observe, je te nomme et je te fais passer ton chemin.
Même traitement pour la pensée suivante : Je la dépose sur ma poêle Tefal sans la laisser s'accrocher.
Pratiquant fréquemment ce mode de méditation, je parviens assez vite au détachement.
Je me suis placée à une distance socialement "honnête" de mon prédécesseur en train d'attendre son tour.
Mais la personne suivante ne doit pas l'entendre de la même oreille. Comme si tout espace perdu était perdu pour elle, la voilà me collant tellement que je sens son parfum de fin d'après midi envahir ma méditation.
Si j'avance, c'est mon parfum de fin d'après midi que mon prédécesseur va renifler.
Je poursuis ma méditation fortement perturbée par les à-coups de ma suivante qui tente, à défaut de me gommer de la planète, pousser les prédécesseurs, action qui pourrait peut être faire accélérer le rythme déjà soutenu de la caissière.
Qu'à cela ne tienne, je laisse ma suivante me coller et transcende le présent.
Je sors. Tirant mon joli caddie à roulettes, je m'installe près de l'abri bus, reprenant mon instant de méditation, en attendant l'arrivée du bus, attente qui de toute façon prendra fin.
Le regard dans le vague, je laisse mes pensées venir s'écraser sur la poêle Tefal.
- C'est fou quand même de fumer. C'est interdit.
Brusquement tirée de mon non-présent terre à terre par cette dame qui vient de quitter l'abri bus en vociférant à la cantonade sur l'attitude de deux gamines installées sur le banc de l'abri bus, qui profitent de cette attente incontournable pour discuter entre elles en fumant, je compatis pour la forme:
- Oui, c'est sur.
Essayant de ne pas entrer dans le cercle de la moralisation gratuite, désirant, et poursuivre mon activité secrète et répondre socialement, c'est la seule réponse que j'ai trouvée.
Mais l'ouverture était faite.
- Maintenant avec les photos sur les paquets, elles vont peut être comprendre. Vous savez mon fils est en train de mourir d'un cancer, alors ... et je supporte pas la fumée.
Par chance, c'est un autre homo communiquant qui, en intervenant, m'a permis de reprendre mon détachement.
C'est donc sur mon petit nuage qu'à l'arrivée du bus je me suis installée à une place libre.
- Regardez ce que j'ai acheté. Oui, c'est joli et c'était pas cher. 3 euros et 21 centimes. Je suis contente parce que, vous savez, je suis à la retraite et je m'ennuie alors j'achète. Mais c'est difficile. J'ai qu'une maigre pension. J'ai voulu écrire à Sarko. Lui dire que ma pension n'avait été augmentée que de 5 euros. Que voulez vous que je fasse avec 5 euros ?
Ma voisine a continué de me noyer sous ses phrases pendant les 7 minutes du trajet. À la fin du parcours, je connaissais le montant de sa pension, sa date de naissance, le nombre d'enfants et de petits enfants ... sans avoir vraiment la nécessité de relancer la machine, me contentant d'acquiescer et d'écouter.
Mais se mettre en position d'écoute, c'est sans doute cela aussi lâcher ses pensées et son ego à toute heure et en tout lieu, surtout dans ces moments où on a la fâcheuse impression de perdre le temps. C'est un moyen comme la méditation pour supprimer un énervement inutile et gaspilleur d'énergie et redonner au temps une place de vie.
Mai 2012
Je vous fais partager cette composition hebdomadaire pour le plaisir des yeux !
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