J'ai beau le savoir, cela m'étonne toujours quand on pense à ma place et que mon interlocuteur pense que je pense comme il croit que je pense.

Ce matin, téléphone

"Bonjour x, je suis de la société machin et je voudrais parler du programme trucmuche"

Ça commence bien. Installons nous à l'aise : voilà la pub !

contact

Mais, comme visiblement on s'adresse à mon moi professionnel, je reste attentive (plus par déformation pro que par intérêt d'ailleurs).

 

" Oui"

"Vous avez sans doute entendu parler du programme trucmuche"

 

Là, je pense sincèrement que c'est plus une phrase déclarative et affirmative qu'une phrase interrogative, car si je réponds non, je sens que je passe par la cruche de service qui n'est même pas au courant des mesures EXCEPTIONNELLES qui me sont offertes en tant que professionnel. Sous entendu, si je ne sais pas, alors où sont mes compétences ?

Mais, de mon point de vue, je me dis que si je réponds non, je vais avoir le droit à la description détaillée d'un programme qui me gave déjà avant de le connaître. Je ne connais aucune société philanthropique capable d'aider le bon chef d'entreprise que je suis. Chacun pour tous et tous pour moi.

 

Je réintère mon "oui" sans conviction.

"Oui ce programme trucmuche est fait pour vous (Ah ?) car, comme vous le savez (de façon à me définir la finalité du programme en un mot) ce programme va vous permettre d'économiser sur vos impôts."

 

Ah ! Le mot est lâché, j'ai compris le type de service que l'on va me proposer. J'attends la suite. 

La dame continue au téléphone.

 

" Je viens vous proposer un rendez vous avec un professionnel, quelques minutes suffiront (allons bon, le programme doit être simple et si c'est si simple pourquoi venir me voir ?), disons la semaine prochaine"

 

C'est direct, bien placé. Comment pourrait on refuser ?

Un professionnel à mon service.

Quelques minutes de mon temps précieux.

J'ai donc au bout du fil, une pro de la communication commerciale, payée à coups de lance-pierres sans doute, chargée de téléphoner à un public ciblé pour proposer quelque chose qui permettra à d'autres de s'en mettre plein les fouilles, au nom d'un programme censé aider les chefs d'entreprise. 

 

"Mais vous savez, cela ne m'intéresse pas."

"Vous n'êtes pas intéressée pour réduire votre feuille d'imposition ?"

 

argent.jpg

C'est là que s'installe la communication à sens unique, celle qui ne fait que penser à la place de l'autre.

 

"Non, cela ne m'intéresse pas"

 

J'ai répondu très correctement. J'ai effectivement moins de 56 mais je suis non imposable.

Pour elle, cela ne doit pas être quelque chose de possible.

J'ai une entreprise, alors je suis riche. Si je suis riche alors je paye beaucoup d'impôts. Si je paye beaucoup d'impôts, alors je suis intéressée par tout ce qui peut les réduire.

 

La seule conclusion qu'elle en tire est que je veux continuer à payer des d'impôts !  alors que je ne peux pas payer moins que 0 !

Encore une fois donc, on a pensé à ma place, et penser à ma place, a bloqué la communication.

J'aurai pu lui raconter ma vie pour lui dire le pourquoi du comment, relancer ainsi la communication, me perdre dans un discours intimiste pour une conversation qui n'en était pas.

Nous avons, elle et moi, conservés nos positions et repris le chemin de nos vies en restant sur une incompréhension, faute de prendre connaissance de la pensée de l'autre.

Vendredi 17 septembre 2010 5 17 /09 /Sep /2010 20:15

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